dimanche 6 février 2011

Portrait du vide

(texte écrit en 2003 sur l'absolu, alors perçu positivement)

Je ne voyais pas les arbres à cause de la forêt; mais je ne voyais pas non plus la forêt, cachée derrière chaque feuille. Je me promenais donc ainsi, moi-même caché par ma balade. C’est dans ce monde invisible que je ne l’ai pas rencontrée : charmante, fragile, et feuille de fougère.

Par jets sans élans, une discussion sourde suivit. Belle journée d’été, dit-elle peut-être, enjôlée à ravir par cette tranquillité. Je n’y répondis rien, c’est-à-dire la même chose.

La jolie se joignit à ma promenade. « Comme je suis belle sans la forêt! » La regarder se mouvoir imperceptiblement sous les caresses de la rose des vents, avec ses ombres et lumières, ne pouvait qu’enflammer la forêt de jalousie.

Or la forêt, elle aussi magnifique, me fit détourner la tête avant le fatal point d’ignition, et aussitôt la feuille de fougère n’existait plus. La forêt pris alors le pas à son tour. « Allez, respire », souffla-t-elle à Toutérien. Enfin, épuisé, écrasé, endolori par cet excès de tranquillité, rien s’endormit.

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