dimanche 6 février 2011

Les putes sont les soleils d’un jour de pluie

Variété écrite en hiver 2010 avec la structure usuelle des sermons du Père C. D. (prêtre) c.m.f.

       Les putes ne seraient pas des soleils sans leurs hanches à la crème. Malgré les chasses à chasseurs, les coussins déplumés et les maux invisibles, les putes sont les soleils d’un jour de pluie.

       Où sont-elles? Que cachez-vous là? Libérez-les! Nous tous contenons le potentiel de la pute, ne niez pas! Le soleil n’est pas que surface. Aujourd’hui, soyez tout ce que vous n’êtes pas, que votre peau soit à l’envers.
Déshabille-toi, jeune pute gratuite, montre-nous ta laideur : tout est sale qui n’est pas nettoyé, et n’est pas nettoyé ce qui est caché!

       Je vous aime, horribles galons, boues sauvages, sacs à chairs, bulles de folles, vice‑garous, cœurs imbéciles, semelles à semences, psychopathes déglandés, mouchoirs souillés, sels malades, faux peureux, cabochons mous, piles vides, miasmes putrides, ordures égarées, culs sur pattes, gloutons aveugles, tueurs sensibles, tentateurs inquisiteurs, nausées à pulpes, machines à hasard, pigments sales, je vous aime tant. Vous n’avez qu’à n’être. Arrêtez de ne pas être, arrêtez ça tout de suite!

       Une pute, c’est chacun que nous. Oui, c’est toi aussi. Que tu ries, que tu pleures, que tu grognes ou que tu paniques, je suis pathétique et ne pense qu’à t’embrasser pour te faire rire ou pleurer grogner paniquer. La volupté est chez moi une éternelle latence qui n’attend que ton plaisir pour s’éveiller, mais tu te désistes, parce que tu ignores que tu es une pute. Tu n’as aucune lucidité, tu oublies l’essentiel. Tu oublies que nous sommes tous des sales putes! Pourquoi maintenir cette dignité, ce nez levé, cette honte, cette hypocrisie?

       Une pute, c’est quand il pleut et que le monde nous veut sans geste. C’est donner des fleurs, c’est se donner corps et âme au loup afin d’entendre cette musique secrète du bouc repus, c’est tomber du ciel pour baiser un pied vérulé, c’est voler aux pauvres leurs souffrances, c’est respirer.

       Prenez une fourchette. Empoignez-la fermement, puis ouvrez-vous le bas-ventre. Avec votre main libre, sortez la pute, mangez-la, répétez. Répétez jusqu’à n’être plus que pute gratuite. Faites cuire sur le pavé. Soyez le meilleur des gâteaux! Le plus chaud, le plus parfait, le plus goûteux des gâteaux, malgré le froid, les ténèbres et l’ignorance.

       Une pute, c’est le Christ incarné.

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